Comment le trauma traverse les générations.


Ce que l’épigénétique révèle de l’héritage du stress extrême. Rachel Yehuda, psychiatre et chercheuse, pour cet article du Hors Série Cerveau & Psycho, aborde une question aussi sensible que fascinante : les effets biologiques durables des traumatismes, et leur possible transmission d’une génération à l’autre. Un article qui éclaire ce que la science permet d’affirmer, et aussi ce qu’elle n’autorise pas encore à conclure.


Lorsque la souffrance laisse une trace biologique.

Peut-on hériter d’un traumatisme que l’on n’a pas vécu ?
Depuis une vingtaine d’années, cette question s’est imposée au croisement de la psychiatrie, des neurosciences et de la biologie. Rachel YEHUDA explore une hypothèse longtemps jugée improbable : celle selon laquelle des épreuves psychologiques intenses pourraient laisser des marques biologiques durables, transmissibles aux générations suivantes.

Ces marques ne modifient pas la séquence de l’ADN elle-même, mais influencent la manière dont certains gènes s’expriment. C’est ce champ de recherche que l’on appelle l’épigénétique.

Le stress extrême et le système du cortisol.

Au cœur de ses travaux se trouve une hormone clé : le cortisol, souvent qualifié d’« hormone du stress ».
Dans une situation de menace, le cortisol permet à l’organisme de mobiliser de l’énergie, d’augmenter la vigilance et de réagir rapidement. Une fois le danger passé, son taux redescend normalement.

Chez les personnes souffrant de stress post-traumatique, ce système se dérègle. Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, les chercheurs observent souvent des taux de cortisol anormalement bas, associés à une réponse excessive à la moindre alerte. Le système de régulation semble s’être recalibré de façon durable.

Des observations chez les survivants… et leurs enfants.

Les premières données marquantes proviennent d’études menées auprès de survivants de l’Holocauste et de leurs descendants.
Chez certains enfants de survivants, les chercheurs ont observé des profils hormonaux similaires à ceux de leurs parents traumatisés, notamment des taux de cortisol plus faibles que la moyenne.

Ces résultats ont été renforcés par des études menées après les attentats du 11 septembre 2001, notamment chez des femmes enceintes exposées à un stress extrême. Leurs enfants présentaient, à la naissance, des altérations du système de régulation du stress.

Ces observations ont ouvert une question centrale : le traumatisme vécu par un parent peut-il influencer biologiquement le développement de l’enfant, dès la grossesse ?

Le rôle de l’épigénétique.

Rachel YEHUDA explique bien comment l’épigénétique permet de penser cette transmission sans invoquer une modification héréditaire classique.
Certains mécanismes chimiques (notamment la méthylation), peuvent moduler l’expression de gènes impliqués dans la réponse au stress, comme le gène NR3C1, qui code pour le récepteur aux glucocorticoïdes.

Ces modifications peuvent persister dans le temps et influencer la sensibilité de l’organisme au stress. Elles ont été observées chez des adultes traumatisés, mais aussi chez leurs descendants.

Des ovules et des fœtus exposés au stress.

Un point particulièrement marquant concerne la période prénatale.
Le stress maternel intense pendant la grossesse semble capable d’influencer l’environnement hormonal du fœtus. Certaines enzymes, comme la 11β-HSD2, jouent un rôle de filtre en protégeant le cerveau en développement contre un excès de cortisol.

Lorsque ce système est modifié, l’exposition accrue au cortisol pourrait influencer durablement la régulation du stress chez l’enfant.

Ces données suggèrent que le trauma peut agir avant même la naissance, non par transmission psychologique, mais par l’environnement biologique de la grossesse.

Alors, vulnérabilité ou adaptation ?

Un point essentiel de l’article réside dans la nuance apportée à l’interprétation de ces résultats.
Ces modifications biologiques ne sont pas nécessairement pathologiques. Dans certains contextes, elles pourraient avoir un caractère adaptatif, préparant l’enfant à évoluer dans un environnement perçu comme menaçant.

Ce qui constitue un avantage dans un contexte donné peut toutefois devenir une vulnérabilité lorsque l’environnement change. L’héritage biologique du trauma apparaît ainsi contextuel, non déterministe.

Mais il n' y rien d’irréversible, heureusement.

L'article insiste sur un point fondamental : les modifications épigénétiques ne sont pas figées.
Des travaux montrent que certaines prises en charge psychothérapeutiques peuvent s’accompagner de changements mesurables dans l’expression de gènes liés au stress.

Autrement dit, même si le trauma laisse une trace biologique, cette trace n’est ni définitive ni condamnante. L’environnement, les relations, les soins peuvent fort heureusement en atténuer les effets.

Ce que la science permet (et ne permet pas) d’affirmer aujourd'hui.

Cet article se garde évidemment de toute conclusion hâtive.
Il ne s’agit ni d’affirmer que le trauma se transmet systématiquement, ni de réduire les difficultés psychiques liées à un héritage biologique.

Les données actuelles suggèrent une interaction complexe entre biologie, environnement et histoire individuelle. L’épigénétique ne remplace ni la psychologie ni la clinique ; elle en constitue un éclairage complémentaire.




Le Pr Rachel Yehuda est psychiatre et chercheuse, Professeure à l’Icahn School of Medicine at Mount Sinaï (New York), spécialiste internationale du stress post-traumatique et de l’épigénétique du trauma. Elle a dirigé de nombreux travaux sur les survivants de l’Holocauste, les vétérans de guerre et les populations exposées à des événements traumatiques majeurs. Ses recherches portent sur les mécanismes biologiques du stress et leur possible transmission intergénérationnelle.


Formation Certifiante en EMDR Intégrative, validée et certifiée par l'Association France EMDR-IMO ®.

La formation intégrative à la thérapie EMDR-IMO ® (EMDR Intégrative) permet à tous les professionnels de la santé, d’obtenir les compétences nécessaires pour accompagner la prise en charge efficace des psychotraumatismes, à la hauteur de leurs champs d’activités et de compétences.

Cette approche en EMDR Intégrative va donc pouvoir être adaptée à toutes les professions médicales et paramédicales rencontrant des patients présentant des symptômes liés au Trouble de Stress Post-Traumatique.

La thérapie EMDR-IMO ® regroupe différentes techniques modulables (DAP Désensibilisation par les Approches Paradoxales, GPC Gross Pain Control…) en fonction des problématiques des patients comme dans les cas de douleur chronique, de parcours de soin traumatique (cancer etc...), de troubles alimentaires, de phobies, etc…

A l’occasion de cette formation très complète sur la thérapie EMDR-IMO ®, la richesse de l’enseignement repose sur des intervenants qui ont chacun une expertise dans le domaine du psychotrauma. La Dr Roxane Colette, médecin psychiatre (qui a notamment écrit un ouvrage sur l’IMO), Sophie Tournouër, psychologue et thérapeute familiale, spécialisée en Approches Centrées Solution, Laurent Gross qui a plus de 40 ans d’expérience au niveau du psychotraumatisme et Laurence Adjadj, psychologue, psychothérapeute qui exerce à Marseille depuis plus de 12 ans, Claire Dahan psychologue et psychothérapeute.

Pour consulter le programme et les tarifs de la formation sur 8 jours.

Pour consulter le programme et les tarifs de la formation sur 3 jours.

Dates des prochaines formations sur l'agenda, ainsi que les Masterclass et Supervisions


- Vice Président de France EMDR IMO - Hypnothérapeute à Paris. - Ex-kinésithérapeute,… En savoir plus sur cet auteur

Rédigé le 4 Février 2026 à 11:51 | Lu 34 fois modifié le 4 Février 2026