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L’oubli volontaire, une voie vers l’apaisement ?


Peut-on apprendre à ne plus penser aux souvenirs douloureux ?
Parce qu’il interroge une idée à la fois séduisante et assez controversée (celle selon laquelle on pourrait, par un effort volontaire, faire disparaître des souvenirs désagréables) cet article d'Ingrid Wickelgren pour le hors-série de Cerveau & Psycho 2026, confronte les intuitions du quotidien aux données de la recherche, sans simplifier ou promettre l’impossible.


L’oubli volontaire, une voie vers l’apaisement ?
Le désir d’oublier est réellement une tentation universelle.
Face à un souvenir douloureux, la réaction spontanée va être souvent la même : ne plus y penser !
Éviter, détourner l’attention, de chasser les images mentales sont des stratégies largement partagées. Mais est-ce qu'elles peuvent réellement conduire à l’oubli ? Ou renforcent-elles au contraire la présence du souvenir en quelque sorte ?
Cette question est étudiée ici à la lumière des travaux récents en psychologie cognitive et en neurosciences.

L’oubli n’est pas un simple effacement.
La mémoire humaine ne fonctionne pas comme un disque dur que l’on pourrait vider, nettoyer, formater à volonté.
Oublier est un processus actif, complexe, qui implique des mécanismes cérébraux vraiment spécifiques. Dans la vie courante, certains souvenirs s’estompent naturellement parce qu’ils sont peu sollicités ou peu chargés émotionnellement.
Les souvenirs traumatiques, eux, résistent davantage à cette intégration, cette digestion. Leur charge émotionnelle les rend particulièrement persistants.

Est-ce qu'on peut inhiber volontairement un souvenir ?
Des expériences menées en laboratoire ont montré qu’il est possible, dans certaines conditions, de réduire l’accessibilité de souvenirs désagréables. Les participants apprennent à inhiber volontairement l’évocation de certaines informations, ce qui va entraîner une diminution progressive de leur rappel.
Ces travaux suggèrent que le cerveau dispose alors de mécanismes de contrôles cognitifs, capables de freiner l’accès à certains contenus de la mémoire.

Le rôle clé du cortex préfrontal.
Le rôle central du cortex préfrontal, impliqué dans la régulation de la pensée et des émotions est essentiel.
Lorsqu’une personne tente de ne pas penser à un souvenir, cette région cérébrale s’active pour inhiber les structures impliquées dans la mémoire, notamment l’hippocampe.
Chez les personnes non traumatisées, ce mécanisme peut fonctionner de manière relativement efficace. Mais dans le traumatisme, il est hélas souvent fragilisé.

Pourquoi l’oubli volontaire va souvent échouer après un psychotraumatisme.
Dans le stress post-traumatique, les souvenirs douloureux ne sont pas seulement cognitifs : ils sont émotionnels et surtout sensoriels.
Ils surgissent parfois en dehors de tout contrôle volontaire, sous forme d’images, de sensations corporelles ou d’émotions.
Alors, tenter de supprimer activement ces souvenirs peut de façon paradoxale, renforcer leur intrusion, en maintenant le cerveau dans un état d’hypervigilance.

Une stratégie possible… mais limitée.
Les recherches montrent néanmoins que certaines formes d’entraînement cognitif peuvent aider à mieux gérer l’intrusion des mauvais souvenirs, surtout en améliorant la capacité à rediriger l’attention.
Il ne s’agit surtout pas de faire disparaître le souvenir, mais de réduire sa fréquence et son impact émotionnel. Cette distinction est centrale : l’oubli volontaire ne vise pas l’effacement, mais l’apaisement.

Des implications thérapeutiques prudentes.
Attention: l'autrice nous met heureusement en garde contre toute application simpliste de ces résultats.
Dans le contexte clinique, l’oubli volontaire ne saurait remplacer un véritable travail thérapeutique sur la mémoire traumatique. (en EMDR par exemple).
Il peut en revanche constituer un outil complémentaire, intégré dans des approches plus larges visant à restaurer les capacités de régulation émotionnelle.

Une vision moins culpabilisante de l’échec à oublier.
L’un des apports majeurs de cet article est de déconstruire une injonction fréquente : « il suffit de ne plus y penser ».
Les données scientifiques montrent que l’incapacité à oublier n’est pas un manque de volonté, mais le reflet de mécanismes cérébraux spécifiques, hélas souvent altérés par le traumatisme.

Il faut apprendre à composer avec la mémoire.
Plutôt que de chercher à effacer les souvenirs, l’article invite à une autre perspective : apprendre à cohabiter avec eux, et surtout en réduisant leur pouvoir envahissant.
L’oubli volontaire apparaît alors non pas comme une solution miracle, mais comme une piste parmi d’autres, mais à manier avec discernement.

Ingrid Wickelgren est journaliste scientifique. Elle écrit sur la mémoire, les émotions et les mécanismes cognitifs à l’œuvre dans la santé mentale. Son travail s’attache à rendre accessibles les avancées de la recherche sans en gommer les limites ni les controverses.



Laurent GROSS
- Vice Président de France EMDR IMO - Hypnothérapeute à Paris. - Ex-kinésithérapeute,... En savoir plus sur cet auteur

Rédigé le 10 Janvier 2026 à 00:57 | Lu 19 fois modifié le 10 Janvier 2026



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