Boris Cyrulnik nous propose d'entendre une parole rare, profondément humaine, qui relie l’expérience intime du traumatisme aux liens qui permettent de s’en relever. Un entretien sans recettes toutes faites, où la résilience (thème cher à l'auteur), est abordée comme un processus relationnel, et jamais comme une injonction.
Le traumatisme isole, et le lien répare.
Pour Boris Cyrulnik, le traumatisme psychique ne se résume jamais à un événement. Il va s’inscrire dans une histoire, un contexte, un tissu relationnel. Ce qui blesse profondément nous explique-t-il, ce n’est pas seulement le choc initial, mais l’isolement qui peut en suivre.
« Le traumatisme coupe du monde ». La personne touchée se replie, parfois par honte, parfois par peur de ne pas être comprise. Or, cette rupture du lien constitue un facteur aggravant majeur de la souffrance.
La parole n’efface pas, elle transforme.
Contrairement à une idée répandue, parler ne consiste pas à se débarrasser du traumatisme. La parole n’efface rien. Elle permet autre chose : transformer l’expérience, la rendre partageable, lui donner une place qui ne soit plus uniquement douloureuse, pour laisser place à une nouvelle narration.
Boris Cyrulnik insiste sur ce point : la parole agit lorsqu’elle trouve un destinataire capable d’accueillir le récit sans le juger ni le nier. Ce n’est pas l’acte de parler en soi qui soigne, mais la qualité de la relation dans laquelle cette parole s’inscrit.
Dire, mais attention, pas trop rapidement.
Il nous met également en garde contre une injonction parfois mal comprise : celle de « parler à tout prix ».
Forcer la parole, trop tôt ou dans un cadre inadéquat, peut être délétère. Le silence, dans certaines phases, est une protection nécessaire.
La parole réparatrice est une parole timée, ajustée au rythme de la personne. Elle suppose un minimum de sécurité intérieure et extérieure. Sans cela, elle risque de réactiver la douleur sans la transformer.
Le rôle décisif de l’entourage, des tiers sécures.
Pour Boris Cyrulnik, la résilience ne se construit jamais seul. Elle repose sur la présence, parfois discrète mais constante, d’autrui.
Un regard bienveillant, une écoute stable, une reconnaissance de la souffrance peuvent faire basculer une trajectoire.
Et combien les mots de l’entourage comptent ! Minimiser, relativiser ou presser d’« aller mieux » peut aggraver la blessure. À l’inverse, reconnaître la douleur sans s’y engloutir ouvre un espace de réparation.
La résilience n’est pas une performance.
Boris Cyrulnik revient longuement sur un malentendu fréquent : la résilience n’est ni une force héroïque, ni une obligation morale.
Elle n’implique pas de « sortir grandi » du traumatisme, ni de transformer la souffrance en succès.
La résilience, explique-t-il, est souvent discrète. Elle se manifeste par une capacité retrouvée à aimer, à travailler, à se projeter, parfois malgré des fragilités persistantes.
Quand la culture devient soutien.
L’entretien évoque également le rôle de la culture (les récits, l'art, les symboles) dans le processus de reconstruction.
Lire, écrire, écouter de la musique, s’identifier à des récits de vie peuvent offrir des modèles, des mots, des images là où l’expérience personnelle reste indicible.
Ces médiations culturelles peuvent permettre de sortir de l’isolement psychique, en inscrivant la souffrance dans une histoire plus large que la sienne.
Et surtout une vision profondément non culpabilisante.
L’un des fils conducteurs de l’entretien est le refus de toute culpabilisation.
Ne pas aller mieux, rester fragile, rechuter n’est pas un échec. C’est souvent le signe que certaines conditions relationnelles ou sociales ne sont pas réunies.
Boris Cyrulnik rappelle que la résilience est toujours contextuelle. Elle dépend autant de l’individu que de son environnement.
Reconstruire, même des souvent imparfaitement.
L’article se conclut sur une idée forte : se reconstruire après un traumatisme ne signifie pas revenir à l’état antérieur !
Il s’agit d’inventer une nouvelle manière d’être au monde, parfois plus prudente, parfois plus sensible, mais néanmoins vivante.
La parole, lorsqu’elle est accueillie, devient alors un outil de transformation, non pas pour oublier, mais pour continuer.
Le traumatisme isole, et le lien répare.
Pour Boris Cyrulnik, le traumatisme psychique ne se résume jamais à un événement. Il va s’inscrire dans une histoire, un contexte, un tissu relationnel. Ce qui blesse profondément nous explique-t-il, ce n’est pas seulement le choc initial, mais l’isolement qui peut en suivre.
« Le traumatisme coupe du monde ». La personne touchée se replie, parfois par honte, parfois par peur de ne pas être comprise. Or, cette rupture du lien constitue un facteur aggravant majeur de la souffrance.
La parole n’efface pas, elle transforme.
Contrairement à une idée répandue, parler ne consiste pas à se débarrasser du traumatisme. La parole n’efface rien. Elle permet autre chose : transformer l’expérience, la rendre partageable, lui donner une place qui ne soit plus uniquement douloureuse, pour laisser place à une nouvelle narration.
Boris Cyrulnik insiste sur ce point : la parole agit lorsqu’elle trouve un destinataire capable d’accueillir le récit sans le juger ni le nier. Ce n’est pas l’acte de parler en soi qui soigne, mais la qualité de la relation dans laquelle cette parole s’inscrit.
Dire, mais attention, pas trop rapidement.
Il nous met également en garde contre une injonction parfois mal comprise : celle de « parler à tout prix ».
Forcer la parole, trop tôt ou dans un cadre inadéquat, peut être délétère. Le silence, dans certaines phases, est une protection nécessaire.
La parole réparatrice est une parole timée, ajustée au rythme de la personne. Elle suppose un minimum de sécurité intérieure et extérieure. Sans cela, elle risque de réactiver la douleur sans la transformer.
Le rôle décisif de l’entourage, des tiers sécures.
Pour Boris Cyrulnik, la résilience ne se construit jamais seul. Elle repose sur la présence, parfois discrète mais constante, d’autrui.
Un regard bienveillant, une écoute stable, une reconnaissance de la souffrance peuvent faire basculer une trajectoire.
Et combien les mots de l’entourage comptent ! Minimiser, relativiser ou presser d’« aller mieux » peut aggraver la blessure. À l’inverse, reconnaître la douleur sans s’y engloutir ouvre un espace de réparation.
La résilience n’est pas une performance.
Boris Cyrulnik revient longuement sur un malentendu fréquent : la résilience n’est ni une force héroïque, ni une obligation morale.
Elle n’implique pas de « sortir grandi » du traumatisme, ni de transformer la souffrance en succès.
La résilience, explique-t-il, est souvent discrète. Elle se manifeste par une capacité retrouvée à aimer, à travailler, à se projeter, parfois malgré des fragilités persistantes.
Quand la culture devient soutien.
L’entretien évoque également le rôle de la culture (les récits, l'art, les symboles) dans le processus de reconstruction.
Lire, écrire, écouter de la musique, s’identifier à des récits de vie peuvent offrir des modèles, des mots, des images là où l’expérience personnelle reste indicible.
Ces médiations culturelles peuvent permettre de sortir de l’isolement psychique, en inscrivant la souffrance dans une histoire plus large que la sienne.
Et surtout une vision profondément non culpabilisante.
L’un des fils conducteurs de l’entretien est le refus de toute culpabilisation.
Ne pas aller mieux, rester fragile, rechuter n’est pas un échec. C’est souvent le signe que certaines conditions relationnelles ou sociales ne sont pas réunies.
Boris Cyrulnik rappelle que la résilience est toujours contextuelle. Elle dépend autant de l’individu que de son environnement.
Reconstruire, même des souvent imparfaitement.
L’article se conclut sur une idée forte : se reconstruire après un traumatisme ne signifie pas revenir à l’état antérieur !
Il s’agit d’inventer une nouvelle manière d’être au monde, parfois plus prudente, parfois plus sensible, mais néanmoins vivante.
La parole, lorsqu’elle est accueillie, devient alors un outil de transformation, non pas pour oublier, mais pour continuer.
Boris Cyrulnik est neuropsychiatre, auteur et essayiste. Ses travaux portent sur les effets des traumatismes, le développement affectif et les processus de résilience. Il a largement contribué à diffuser une approche humaniste et relationnelle de la reconstruction psychique après l’épreuve.
Laurent GROSS et Boris CYRULNIK