Le Psychotraumatisme: recréer des liens vivants. Editorial du Dr Julien Betbèze pour le Hors-Série 18 de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves.


Julien Betbèze, Rédacteur en chef de la Revue Hypnose et Thérapies Brèves, est Psychiatre, Chef de service, formateur en hypnose, thérapies brèves solutionnistes et narratives.


Il existe des blessures qui ne se voient pas, des fissures minuscules dans l’âme qui modifient silencieusement la manière d’habiter le monde.
Le psychotraumatisme, dit Julien Betbèze, n’est pas seulement un événement : c’est une rupture du lien. Une cassure intime entre soi et les autres, soi et son corps, soi et la vie.

Lorsque ce lien se déchire, quelque chose en nous se replie, se contracte, se fige.
Et parfois, ce figement devient un monde entier.

Dans cet éditorial, il nous invite à comprendre que, derrière chaque symptôme, il y a une histoire qui cherche désespérément un témoin, un regard. une présence, une main tendue capable de dire : « Tu n’es plus seul. »

Quand le trauma efface la sécurité.

Il suffit d’une agression, d’un abandon, d’un accident, d’un silence trop long dans une enfance trop courte…
Et tout bascule.

Les réflexes archaïques, comme fuir, combattre, se figer, se dissocier, deviennent la seule manière de survivre.
À l’instant même où la menace disparaît, le corps continue, lui, de rester en alerte.
Une alarme interne qui ne s’éteint plus.

Pour certains, cette alarme s’apaise dans la relation. Pour d’autres, elle se transforme en prison et peut se traduire par des phobies, des compulsions, des crises d’angoisse, de la dépression, de l'automutilation, des troubles alimentaires, ou des conduites addictives.

Non pas parce que ces personnes sont fragiles, mais parce qu’elles ont été seules au moment où elles auraient dû être protégées.

Le lien comme remède, et comme renaissance.

Ce Hors-Série n°18, est un voyage. Un voyage vers des manières de recréer du lien là où il n’y en avait plus.

Hélène Dellucci, qui montre comment une valeur symbolique, une figure, un mythe, un ancêtre, peut, par la force de la relation, devenir une greffe vivante et redonner une identité à ceux que la vie avait désancré.

Roberta Milanese, qui va utiliser le « roman du traumatisme » comme une manière douce de bloquer ce qui enferme :
les tentatives de solutions désespérées, l’évitement, la répétition, les demandes de réassurance qui ne rassurent jamais.

Arnaud Zeman, travaillant avec des enfants multi-traumatisés en ITEP, pour qui chaque rencontre devient un pari : celui qu’un tiers-sécure, même fragile, peut réallumer un chemin vers l’autre.

Merci à Vera Likaj, qui décrit ce paradoxe terrible : le patient peut être présent, motivé, coopérant… et pourtant incapable de faire confiance.
Parce que le lien, justement, est ce qui a été détruit.

Le traumatisme comme prison, et la thérapie comme ouverture.

Dans ces pages, écrit Julien Betbèze, vous ne trouverez pas que des analyses. Vous trouverez des thérapeutes qui, chaque jour, tentent d’ouvrir des portes :
- Apaiser ce qui hurle à l’intérieur.
- Donner un sens à ce qui écrase.
- Faire émerger un « malgré » : malgré la violence, malgré l’abandon, malgré le choc.
- Redonner un mouvement à un corps qui avait cessé d’être un guide.

Le psychotraumatisme transforme un simple événement en identité figée : « la victime », « l’angoissée », « la fragile », « le borderline ».

La thérapie vise à défaire cela. À faire revenir des piliers de soutien, ce qu’on appelle parfois les tiers-sécures, parents, amis, partenaires, figures internes ou symboliques.

Car la guérison ne consiste pas seulement à apaiser la douleur.
Elle consiste à rendre la liberté dans la relation : pouvoir dire oui, pouvoir dire non, pouvoir exister à côté d’un autre sans s’y perdre.
Recréer du vivant là où il n’y en avait plus

Chaque article du Hors-Série raconte la même histoire, sous des angles différents : celle d’une personne dont la vie a été interrompue, puis qui retrouve lentement, douloureusement, patiemment, le fil de son existence.

Et comme l’écrit Betbèze :
« Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. »
Et ce qui sauve, ici, c’est la relation.

Ce moment où l’on passe de : « Je suis brisé » à : « Je suis quelqu’un pour quelqu’un. »



- Vice Président de France EMDR IMO - Hypnothérapeute à Paris. - Ex-kinésithérapeute,… En savoir plus sur cet auteur

Rédigé le 21 Novembre 2025 à 21:43 | Lu 26 fois modifié le 22 Novembre 2025