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Le doute comme ennemi intime. Hors Série sur le Psychotraumatisme.


Vera Likaj, est psychologue clinicienne, psychothérapeute, Intervenante au DU d’hypnose médicale de Lille, formation en MAP Mouvements Alternatifs Pluriels (EMDR Intégrative).


Le doute comme ennemi intime. Hors Série sur le Psychotraumatisme.
L’accompagnement du patient qui ne se croit pas.

Il existe dans certaines vies un ennemi silencieux, presque invisible, tapissé dans chaque mot et chaque geste : le doute.
Pas le doute philosophique, fertile, qui ouvre des portes.
Non : un doute qui ronge, qui creuse, qui infecte, qui contredit tout ce que la personne ressent, pense, espère.
Vera Likaj écrit ce texte comme on écrit une traversée intime.
Elle ne parle pas du doute comme d’un concept — elle le montre dans la pièce, assis entre elle et sa patiente, interférant dans chaque respiration, prêt à saboter chaque prise de conscience.

Ce doute-là se glisse partout : dans les excuses, dans les silences, dans les phrases tronquées, dans les sourires forcés.
Il protège autant qu’il détruit, Il limite autant qu’il rassure, Il confond autant qu’il organise.

Une patiente qui ne se croit pas elle-même.
Cécile, appelons-la ainsi, n’a pas seulement vécu un trauma.
Elle a vécu l’après-trauma : l’incrédulité, la minimisation, la culpabilisation, l’absence de témoin, la disqualification.
Elle ne sait plus ce qui est vrai, ni ce qui vaut d’être dit.
À chaque séance, elle s’approche d’une parole, puis se retire aussitôt.
Elle dit des choses comme :
« Tu dois penser que j’exagère… »
« Tu dois croire que je l’ai cherché… »
« Tu vas me trouver ridicule… »
Ou « J’aimerais tant que tu penses que ce n’est pas de ma faute… »

C’est là que se glisse l’ennemi intime : une voix qui murmure constamment que la douleur n’est pas légitime.
Le thérapeute pris dans l’étau : rassurer ou abandonner ?

Vera Likaj raconte l’un des paradoxes les plus vertigineux du soin : si le thérapeute rassure trop vite, il maltraite. S’il ne rassure pas, il abandonne.
Deux écueils, deux abîmes. Et la seule voie possible : l’entre-deux vivant, incertain, humble.

Le doute est une arme. Une arme ancienne, rouillée, mais encore dangereuse. Il suffit d’un mot pour le réveiller. D’un silence pour le renforcer ou d’une hésitation pour qu’il envahisse toute la pièce. Le thérapeute devient alors funambule.

Mettre le doute sur la table.
Plutôt que de s’y opposer, Vera Likaj l’invite dans la séance.
« Toi et moi, nous allons regarder ce doute ensemble. »
Et quelque chose change !
Car le doute, lorsqu’il est vu, perd une part de sa puissance, Il va cesser d’être un tyran invisible pour devenir un phénomène observable.
La patiente commence va pouvoir ainsi à nommer ce qui se passe.
À dire à que le doute lui fait penser, ce qu’il lui vole, ce qu’il détruit, et peu à peu, l’ennemi intime devient un objet thérapeutique,
et non plus un maître intérieur.

Le corps comme boussole de vérité.
Dans ce texte, il y a une scène magnifique :
Alors que Cécile dit quelque chose de profondément douloureux, Vera, instinctivement, veut la rassurer.
Mais son corps, ses épaules, sa respiration, son ventre, lui disent : « Stop. Laisse-la découvrir. Laisse-la sentir. »
Le corps du thérapeute devient un garde-fou contre les “bonnes intentions”.
Parce que la précipitation à consoler peut être une violence involontaire.
Ce sont les micro-mouvements de Cécile qui guident la séance : une gorge qui se serre, des mains crispées, un souffle bloqué, un regard qui fuit, puis un regard qui revient.
Et c’est là que naît la guérison : dans le minuscule.

Le moment où l’histoire s’ouvre.
Il y a dans l’article ce passage discret mais bouleversant : après des semaines de travail, Cécile finit par dire, presque malgré elle :
« Je sens que tu es avec moi. »
C’est minuscule. C’est gigantesque. C’est l’instant où une femme qui ne se croyait pas elle-même commence enfin… à se croire.
Elle ne dit pas encore « je n’y suis pour rien ». Elle n’ose pas encore « je mérite d’être aidée ». Mais elle perçoit un regard qui ne la juge pas.
Et c’est une révolution !

L’enjeu du thérapeute : accepter de ne pas savoir.
Lagrée le dit ailleurs ; Likaj le vit ici : l’accompagnement du trauma n’est pas une expertise technique, mais un apprentissage radical de l’humilité.
Il faut accepter : de ne pas comprendre tout de suite, de ne pas avoir d’explication, de ne pas corriger le récit, de ne pas vouloir guérir trop vite, de ne pas être celui qui sauve.
Et il faut, et c’est le plus difficile, accepter d’être touché.
Parce que c’est cela, au fond, que la patiente teste depuis le début : « Est-ce que je te fais quelque chose ? Est-ce que je compte pour de vrai ? Ou suis-je juste une histoire parmi d’autres ? »

Le jour où la réponse apparaît dans le corps du thérapeute, pas dans ses mots, la thérapie devient un lieu d’humanité.

Le doute, enfin, recule.
À la fin de l’article, Cécile n’est pas “guérie”.
Elle n’a pas oublié.
Elle ne s’est pas reconstruite miraculeusement.
Mais une fissure est apparue dans la forteresse du doute.
Il lui arrive maintenant de dire :
« Peut-être… peut-être… que je ne mens pas. ». C’est de la poésie brute, c’est la première poussière de lumière, c’est une victoire immense.
Le doute n’a pas disparu.
Mais il n’est plus seul à commander sa vie.




Laurent GROSS
- Vice Président de France EMDR IMO - Hypnothérapeute à Paris. - Ex-kinésithérapeute,... En savoir plus sur cet auteur

Rédigé le 22 Novembre 2025 à 21:39 | Lu 17 fois modifié le 23 Novembre 2025



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