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La mémoire traumatique est-elle fiable ?


Quand un souvenir ressurgit après des années, que peut-on en croire ?
Cet article du Hors-Série Cerveau & Psycho 2025-2026 aborde une question sensible et souvent polémique : la fiabilité des souvenirs traumatiques qui refont surface longtemps après les faits. Un texte essentiel pour comprendre les enjeux scientifiques, cliniques et humains liés à la mémoire du trauma, sans tomber ni dans le déni ni dans la certitude aveugle.


Le retour des souvenirs tardifs : une question vraiment délicate.
Lorsqu’un souvenir traumatique refait surface après des années, parfois même des décennies plus tard, une question s’impose immédiatement : ce souvenir est-il fiable ?
Peut-on se fier à une mémoire longtemps absente, fragmentée, ou silencieuse ?
Ces interrogations ne sont pas seulement théoriques. Elles traversent les champs de la psychologie, de la psychiatrie, de la justice et du débat public. Cet article essaye de démêler ce qui relève des mécanismes authentiques de la mémoire traumatique et ce qui peut, dans certains cas, relever de reconstructions ou d’influences ultérieures: les faux-souvenirs !

Une mémoire pas comme les autres.
La mémoire traumatique se distingue de la mémoire ordinaire.
Elle n’est pas linéaire, ni narrative. Elle est souvent sensorielle, émotionnelle, fragmentée. Lors d’un événement vécu comme une menace extrême, le cerveau peut ne pas enregistrer l’expérience de manière cohérente.
Ce mode d’encodage particulier du cerveau explique pourquoi certains souvenirs peuvent rester inaccessibles à la conscience pendant longtemps, avant de resurgir à l’occasion d’un événement déclencheur, d’un contexte émotionnel particulier ou d’un travail thérapeutique.

Amnésie traumatique et réapparition des souvenirs.
L’article revient sur un phénomène qui est aujourd'hui, bien documenté : l’amnésie traumatique.
Il ne s’agit pas d’un oubli volontaire ni d’un refoulement au sens classique, mais d’une incapacité temporaire à accéder à certains souvenirs.
Chez certaines personnes, cette amnésie peut durer des années. Le souvenir n’est pas effacé, mais déconnecté des circuits de la mémoire consciente. Lorsqu’il refait surface, il peut être vécu avec une intensité émotionnelle intacte, parfois déstabilisante.

Peut-on faire confiance à un souvenir tardif ?
Et c’est ici que la question devient complexe.
Joshua Kendall souligne que la réapparition d’un souvenir traumatique n’est ni automatiquement fiable, ni automatiquement fausse. La mémoire humaine n’est jamais une reproduction exacte du passé ; elle est une reconstruction.
Parce que les recherches cliniques montrent que certains souvenirs tardifs correspondent à des événements réels, jusque-là inaccessibles, d’autres peuvent être partiellement déformés, certains peuvent être influencés par des récits, des attentes ou des contextes ultérieurs.
La fiabilité dépend de nombreux facteurs : l'âge au moment des faits, la répétition des événements, le contexte de réémergence, la stabilité émotionnelle, et l'absence ou présence de suggestions externes.

Le risque des faux souvenirs.
L’article aborde également la question sensible des faux souvenirs.
Il rappelle que la mémoire est malléable, particulièrement lorsqu’elle est sollicitée dans des contextes émotionnellement chargés.
Des travaux ont montré que certaines techniques thérapeutiques ou contextes sociaux peuvent, dans de rares cas, favoriser la construction de souvenirs erronés. Cela ne remet pas en cause l’existence de la mémoire traumatique, mais invite à la prudence méthodologique.

Entre reconnaissance et esprit critique.
Joshua Kendall plaide lui, pour une position nuancée.
Reconnaître la réalité des traumatismes et de l’amnésie traumatique ne signifie pas renoncer à l’esprit critique. À l’inverse, douter systématiquement des souvenirs tardifs peut conduire à nier des souffrances réelles.
L’enjeu est donc de tenir ensemble deux exigences : à la fois prendre au sérieux la parole des personnes, et en même temps comprendre les limites et les fragilités de la mémoire humaine.

Des implications cliniques et judiciaires majeures.
L'article de ce numéro souligne que ces questions dépassent largement le cadre scientifique.
Elles ont des conséquences concrètes dans les parcours de soin, mais aussi dans les procédures judiciaires, où la mémoire peut devenir un élément central du témoignage.
L’article rappelle que la mémoire traumatique doit être comprise comme un processus, et non comme une preuve brute ou une fiction.

Comprendre, mais sans trancher trop vite.
En posant la question de la fiabilité de la mémoire traumatique, cet article n’apporte pas de réponse simple. Il invite au contraire à une lecture informée, prudente et respectueuse de la complexité humaine.
La mémoire n’est ni un enregistrement fidèle, ni une pure invention. Elle est vivante, façonnée par l’émotion, le temps et aussi le contexte.

Joshua Kendall est journaliste scientifique et auteur. Il s’intéresse aux liens entre mémoire, trauma et construction du souvenir, ainsi qu’aux controverses scientifiques et cliniques liées aux souvenirs tardifs. Son travail explore les zones de tension entre données expérimentales, expérience subjective et enjeux sociaux.




Laurent GROSS
- Vice Président de France EMDR IMO - Hypnothérapeute à Paris. - Ex-kinésithérapeute,... En savoir plus sur cet auteur

Rédigé le 12 Janvier 2026 à 22:35 | Lu 18 fois modifié le 12 Janvier 2026



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